Il m’a été demandé de vous raconter mon histoire, au nom des familles, des

intervenantes à domicile et des coordonnateurs au Canada, dont le cheminement

ressemble au mien.

Mon nom est Beatrice Feza et je viens du Congo. J’ai immigré au Canada en 1994 et

vécu à Québec pendant trois ans avant de déménager à Vancouver en 1997.

Soudain tout a changé. J’ai eu l’impression que ma vie n’avait pas de bon sens. Je

ne pouvais pas sortir seule pour aller chez mon médecin de famille; je ne pouvais

répondre au téléphone en raison de ma faiblesse en anglais. Je me contentais de

messages laissés dans ma boite vocale, et mon mari les écoutait ensuite. Je voulais

sortir, je voulais parler aux gens, mais ne le pouvais pas. J’étais si timide que j’ai

choisi de demeurer à mon domicile.

Un jour, la première coordonnatrice de HIPPY a téléphoné, je ne pouvais converser

avec elle J’ai répondu que je ne parlais pas l’anglais. Au retour de mon mari, je lui ai

demandé de la rappeler. Elle a donné la raison de son appel, décrit le programme

HIPPY et pris des arrangements pour sa visite à domicile. Mon mari m’a ensuite dit

pourquoi elle appelait et m’a expliqué un peu le programme.

Ensuite la coordonnatrice est venue nous voir et nous a montré les livres et le

matériel. Elle a lu à ma fille l’un des livre de contes, simplement pour le jeu de rôle.

Alors, j’ai décidé de me joindre au programme.

Je suis devenue un parent du programme. L’intervenante à domicile est venue à

chaque semaine, le matériel didactique était facile à suivre; elle m’a aidée et

encouragée à faire un essai, alors même que j’avais l’impression de devoir renoncer.

Lorsque j’ai vu que mon enfant et moi-même apprenions, j’ai été motivée. Aux

réunions de groupes, j’ai rencontré d’autres femmes comme moi, qui avaient les

mêmes luttes, craintes et espoirs qui me motivaient aussi. Puis, petit à petit j’ai eu

plus de confiance; j’avais alors une vie normale; je pouvais lire complètement des

livres de contes, assistais à des réunions de groupes et empruntais des livres à la

bibliothèque.

Après trois ans, j’ai été embauchée comme intervenante à domicile. Ma vie a

totalement changé. J’ai continué de beaucoup travailler sur mon anglais parlé et

écrit. Mon confiance a grandi, j’ai aidé d’autres parents du programme à apprendre

comment enseigner à leurs enfants.

Quatre ans plus tard, j’avais le poste de coordonnatrice. J’ai travaillé même

davantage. Faisant partie de ce merveilleux programme, j’ai acquis des

compétences administratives. J’ai progressé en leadership et pour le soutien de mon

équipe. J’ai acquis des habiletés pour les entrevues, la recherche communautaire et

l’animation. J’ai fait des approches, élargi mes connaissances des autres groupes

ethniques avec lesquels je travaille. Je me suis servi de toutes ces habiletés dans

diverses activités quotidiennes.

Le programme m’a enseigné quelques leçons : D’abord, il faut une collectivité forte

et attentionnée, afin de soutenir les immigrantes isolées. Ensuite, en dépit des

difficultés auxquelles se heurtent les immigrantes, il y a toujours un espoir qu’elles

pourront les surmonter.